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L'EQUIPE

De la causalité de l’inefficacité des actions des Nations Unies face au phénomène des enfants soldats en Afrique 

Il n’y a pas d’excuse, pas d’argument acceptable pour armer des enfants“,  Mgr Desmond Tutu,  Prix Nobel de la paix.

 

Mais “enfant soldat“, ça ne veut rien dire, parce que soit on est un enfant, soit on est un soldat, non ? Mathieu, un jeune enfant de 10 ans.

 

            L’antinomie traduite par ces deux citations montre à suffisance la complexité du phénomène des enfants soldats. Une grande majorité des ONG et des institutions onusiennes  notamment l’UNICEF définissent un enfant soldat comme “ Une personne, garçon ou fille, âgée de moins de 18 ans membre d’une armée gouvernementale ou d’un groupe armé, quel que soit son rôle, ou accompagnant de tels groupes, autrement qu’en tant que simple membre de la famille, ainsi que les filles recrutées à des fins sexuelles ou pour mariages forcés“[i]. La convention des Nations Unies du 20 décembre 1989 relative aux droits de l’enfant en son article premier dit qu’“un enfant s’entend de tout être humain âgé de moins de 18 ans, sauf si la majorité est atteinte plutôt en vertu de la législation qui lui est applicable“. Cependant cette même convention en son article 38 interdit le recrutement des jeunes de moins de 15 ans.

dans les forces armées.

 

On peut donc en déduire selon les Nations Unies qu’un enfant soldat est tout être humain âgé de moins de 15 ans qui sert dans une armée régulière ou non  et quelle que soit sa capacité d’action. Ces différentes définitions de l’enfant soldat sont la preuve de la complexité du phénomène. Il faut reconnaître que l’instrumentalisation  des enfants dans les guerres est aussi vieille que la guerre elle-même. Bien que l’Afrique n’ait pas l’exclusivité du fléau des enfants soldats, il n’en demeure pas moins que sur neuf rapports produits par Human Right Watch et l’ONU sur l’emploi d’enfants soldats dans les dix dernières années, sept concernent les pays de l’Afrique subsaharienne. En 2006, les Nations Unies estimaient à 250 000 le nombre d’enfants soldats dans le monde dont plus de 100 000 en Afrique. Le cas le plus emblématique est celui de la République Démocratique du Congo avec 20 à 30 000 enfants soldats soit près de 10% des enfants soldats dans le monde. On peut également citer l’Ouganda, le Tchad, le Liberia, l’Angola des années 1990, la République Centrafricaine, etc. comme étant les plus grands foyers d’enfants soldats en Afrique ces dix dernières années.

 

Face à ce constat, un certain nombre de questions se pose. Pourquoi les Nations Unies malgré les nombreuses dispositions juridiques et les multiples actions menées n’ont toujours pas réussi à mettre un terme au phénomène des enfants soldats en Afrique ?

Qu’est ce qui justifie la persistance d’un tel phénomène et surtout quels sont les obstacles mieux, les limites des actions de l’ONU en Afrique ?

 

La légitimité d’un tel questionnement participe de la volonté de créer un environnement propice à l’épanouissement de l’enfant africain. Pendant que ses congénères jouent à la poupée, aux billes, d’autres enfants surtout ceux d’Afrique au début, des victimes meurtries et par la suite des victimes meurtrières, tuent et font tuer sur les champs de bataille pour des causes qui très souvent leur sont étrangères, même quand ils seraient enrôlés volontairement[ii].

 

Loin de nous l’idée de minorer les causes ou les manifestations du phénomène des enfants soldats en Afrique, nous portons notre attention sur les obstacles auxquels l’Organisation des Nations Unies fait face dans la lutte contre ce fléau. Ces entraves à l’action de l’ONU dans la lutte pour l’éradication du phénomène des enfants soldats en Afrique peuvent être soit endogènes, soit exogènes à l’Afrique.

 

 

             Les obstacles endogènes à l’Afrique

 

 Pour le cas de l’Afrique, la pauvreté se trouve à la base du phénomène des enfants soldats car, que peut faire un enfant lorsque toute sa famille a été tuée et qu'il se retrouve dans la rue sans rien avoir à manger ? Eh bien il accepte de s'engager dans une fraction de l'armée en échange de repas quotidiens. Que fait cet enfant pauvre à qui l'on promet le paradis s'il donne sa vie pour son pays ? Que fait-il si on lui promet de belles bottes, des vêtements, de belles armes pour se sentir en sécurité et une famille remplie d'enfants ? Peut-il refuser l'enrôlement alors qu'à son âge il est totalement naïf et inconscient du danger qui le menace ?

 

            La prolifération des armes légères est un des plus importants phénomènes qui gangrène l’Afrique et accentue par conséquent l’ampleur du fléau des enfants soldats. La porosité des frontières en Afrique sert de levain à la circulation des armes légères car dans certains pays africains, surtout ceux qui partagent une même frontière que ceux en conflit, la prolifération des armes est le fruit de la contrebande. Ainsi, des individus peuvent acquérir des fusils d’assaut à moins de 6 dollars la pièce. Le fusil d’assaut devient selon Alexandra Stanley “ le poste à transistor de la guerre moderne“[iii]. Le climat d’insécurité permanent et les facilités d’acquisition d’armes à feu prédisposent donc les enfants à s’en servir, ce d’autant plus que leur maniement est de plus en plus aisé. De nos jours, un enfant de 9 ans peut facilement dégoupiller des grenades, démonter et remonter un fusil d’assaut AK47 soviétique ou un M16 américain.

           

La prolifération des drogues constitue une autre entrave majeure aux efforts déployés par l’ONU pour résoudre le phénomène des enfants soldats en Afrique. Il est très difficile pour l’ONU d’agir efficacement si les enfants sont constamment sous l’effet des drogues qui, bien que produisant un courage limité, génère à long terme un effet d’endormissement profond de leur matière cervicale. Les leaders militaires font donc constamment absorber aux enfants, pour parfaire leur formation de “tueur“, des substances qui détruisent leur volonté. En témoigne cet enfant du Liberia : “Quand tu prends ça, tu ne sens plus rien, tu n’entends plus rien ; tu ne penses qu’à tuer, simplement tuer “[iv].

 

 

            Il faut aussi remarquer qu’en Afrique, l’ONU dans sa lutte contre le phénomène des enfants soldats fait face au manque de volonté de la part des dirigeants du continent africain à mettre fin à ce fléau.

Certains, au mépris de la législation internationale en la matière, n’hésitent pas à intégrer les enfants dans les armées comme combattants en cas de conflit. Tel en a été le cas au Tchad, en République Démocratique du Congo avec L.D. Kabila, J.P. Bemba et B. Taganda. Aujourd’hui, ces derniers ont maille à partir avec la Cour Pénale Internationale (CPI), en partie pour avoir enrôlé les enfants dans leurs armées.

 

            Tout ceci dilue profondément l’action de l’ONU dont la lecture devient alors très complexe. Une complexité qui se trouve renforcée par des limites d’ordre générale à  cette action.

 

                                     Les obstacles exogènes à l’Afrique

 

Dans un cadre beaucoup plus large, l’action de l’ONU est limitée du fait de la dynamique théorique inhérente à la structure de cette organisation et aussi, de l’imprécision des textes régissant la protection des enfants[v]. A cela, on doit ajouter l’absence de sanctions et les difficultés liées aux opérations de Désarmement-Démobilisation-Réinsertion (DDR). La dynamique théorique inhérente à la structure de l’ONU signifie que l’ONU en raison de sa composition ne concoure véritablement pas à la concrétisation de la résolution du problème des enfants soldats en Afrique. En effet, comme cela a souvent été le cas dans le cadre du déploiement des opérations de maintien de la paix en Afrique, les décisions ou résolutions prises par le Conseil de sécurité restent sous le prisme d’une obligation de moyens. Cela signifie que les Etats parties doivent agir du mieux qu’ils pourront sans être obligés de rechercher à atteindre l’objectif visé par le Protocole I. Il s’agit là d’une disposition de nature à encourager la mauvaise foi des chefs rebelles ou des dirigeants africains qui croiront avoir une excuse absolutoire en disant à chaque fois :“Nous avons fait tout ce qui était possible“.

 

            Il se trouve aussi que les dispositions juridiques protégeant les enfants dans leur majorité pèchent en ce sens qu’elles ne font mention que de la participation directe des enfants aux combats. Or, il se trouve que les enfants très souvent servent aussi  de soldats de seconde main, chargés d’exécuter des tâches ménagères. Du fait de leur innocence de principe, ils servent aussi à des tâches d’espionnage, pendant que les filles servent surtout d’objet de satisfaction sexuelle pour les chefs de guerre. Ces rôles, sans appeler à une intervention directe aux combats peuvent provoquer chez ces enfants, un traumatisme tout aussi intense car, ces enfants reçoivent la même formation militaire que les adultes.

 

            S’il est vrai que les opérations de DDR sont difficiles du fait de l’insuffisance des fonds, il faut aussi reconnaître que les dirigeants et chefs rebelles ne daignent pas souvent appliquer les conventions qu’ils ont signées. Ils sont encouragés en cela par l’absence des sanctions. Si l’article 43 de la convention des Nations Unies de 1989 institue un comité des droits de l’enfant chargé  d’examiner les progrès accomplis par les Etats parties dans l’exécution de leurs obligations, il faut préciser que ce comité n’est qu’une technique à caractère non contraignant et n’abouti jamais en pratique à des décisions obligatoires du point de vue  du droit. Cette absence « d’obligatorieté » conforte  à bien d’égards l’idée d’une implication renforcée de l’ONU en Afrique qui découlerait d’une implication renforcée de l’Afrique à l’ONU.

 

 

 

   Par : Eric Wilson Fofack, Ph.D. en Histoire des Relations Internationales ;

-Enseignant Chercheur en Histoire des Relations Internationales ;

-Membre expert du Réseau Francophone de Recherches sur les Opérations de Paix (ROP), une unité du Centre d’Etudes et de Recherches Internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), Montréal-Canada.

                

 

 

 

 

 



[i] Cette définition dite “ Principes du cap“ est de l’UNICEF et d’un groupe d’ONG lors d’une conférence en Afrique du Sud en 1997 sur le problème des enfants soldats.

[ii] L’enrôlement des enfants peut être dû à une pression ou à toutes sortes d’intimidations que les adultes peuvent exercer sur eux. Parfois, ce sont les parents qui confient leurs enfants  dans l’espoir de recevoir une ration alimentaire mensuelle. Des raisons religieuses, idéologiques et la recherche de sécurité amènent aussi les enfants à prendre les armes.

[iii]  UNICEF, La situation des enfants soldats dans le monde, New York, ONU, 1996, p.14.

[iv] Cité par A. Ayissi, Des anges de la mort, la tragédie des enfants soldats en Afrique, Dakar, CODESRIA, juin 1996, p.10.

[v] M.P.M. Tchenzette,  “L’ONU dans la bataille contre l’instrumentalisation des enfants soldats en Afrique : bilan, défis et perspectives“ in J.M. Pondi (Dir), L’ONU vue d’Afrique,  Maisonneuve et larose/Afredit, 2005,  p.174.

 

 

 


L'image du mois: Wangari Maathai

 

Fondatrice de « Greenbelt movement », Wangari Maathai est une militante écologique et politique. Elle est née en 1940, dans le village proche de Nyeri, au cœur de l’ethnie Kikuyu, au pied du Mont Kenya. Elle est issue d’une famille de fermiers,

Elle a été la première femme Africaine de l'histoire à recevoir le "Prix Nobel de la Paix "en 2004 pour sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix.

Biologiste, elle fut la première femme d’Afrique orientale à obtenir un doctorat et à être professeur à l’Université de Nairobi. Wangari Muta Maathai a commencé à militer activement au sein du Conseil national des femmes du Kenya en 1976. Elle a lancé le projet de plantation d’arbres «Harambee pour sauver la terre!» (en swahili, harambee signifie «tirons ensemble»). Il fut rebaptisé «mouvement Ceinture verte» (Green Belt Movement, GMB) en 1977.

Le Docteur Wangari Maathai a planté plus de 30 millions d’arbres pour éviter la désertification des villages, l’érosion des sols, facteurs d’appauvrissement des populations vivant de la terre. Au delà de son Kenya natal, Wangari Maathai avait étendu son combat pour l'environnement à toute l'Afrique. Ces dernières années, la militante s'était investie dans la sauvegarde de la forêt du Bassin du Congo en Afrique centrale, deuxième massif forestier tropical au monde.

Au fil des années Maathai se fait entendre sur l’épineuse question de l’environnement et les risques de la déforestation.

Elle s’est distinguée aussi pour son engagement en faveur des droits de l’homme et la défense de la démocratie

Sous la présidence de Daniel Arap Moï, son franc-parler et son engagement politique lui attirent des ennuis avec les autorités. A maintes reprises, Wangari Maathai est jetée en prison et doit même s’exiler en Tanzanie

. Candidate à l’élection présidentielle en 1997, elle recueille un faible score. Ce fut un coup dur mais l’avènement du multipartisme au Kenya avec la victoire du président Mwai Kibaki, lui permet de devenir député en 2002 puis Ministre adjointe de l’environnement en 2003.

Elle est décédée le 25 Septembre 2011 à l'âge de 71 ans à Nairobi des suites d'un cancer .Dans son autobiographie publiée en 2006 intitulée "Insoumise: l'histoire d'une femme", elle racontait comment, sous l'effet du changement climatique notamment, l'environnement s'était dégradé dans sa région du Mont Kenya.

"Généreuse et persistante, elle a été une championne de la défense de l’environnement, des femmes de l'Afrique et de tous ceux qui se soucient de notre avenir". (Kofi Annan).