Edito: Un nouveau destin pour l’Afrique
Sommes-nous entrain de basculer dans une nouvelle ère ? Le continent africain a connu des mutations rapides au cours de ces deux dernières années. Des africains ont sacrifié leur vie pour que d’autres puissent jouir de leurs droits et libertés. Certains au péril de leur vie ont permis la restauration de la démocratie dans leurs pays. En effet, aucun observateur averti de la vie politique africaine n’aurait pu prédire « la fin éclaire » du régime de Ben Ali en Tunisie. Nos dirigeants africains ont pu tirer comme leçon de l’épisode tunisienne que « personne n’est au dessus de son peuple ».
La révolution de « jasmin » tunisienne s’est étendue sur l’ensemble du monde arabe. Les mouvements de foules sur la place Tahrir ont mis fin au règne du « RAÏS » Moubarack en Egypte. « Le peuple a fait tomber le régime! » entendait-on scandé par une foule en délire sur la place Tahrir. Avions-nous assisté aux prémisses de la fin « des prises d’otage collectives » en Afrique ? Comment expliquer qu’un homme, une famille ou un clan puisse prendre en otage pendant des décennies tout un peuple ? Ce qu’a révélé véritablement le « printemps arabe » est le seuil de tolérance des peuples africains sur les agissements de leurs dirigeants. Un pouvoir qui se voit « insubmersible » peut disparaitre en quelques minutes sous le dictat de la volonté générale qui est seule « souveraine ».
Ce que semblent oublier nos dirigeants africains – du moins, pour ceux parmi eux qui sont arrivés au pouvoir par la voie des urnes – c’est qu’ils ont été mandatés par un peuple qui, à un moment crucial, a porté un choix sur un homme pour résoudre ses problèmes et donner une impulsion nouvelle. L’onction populaire dont cet homme bénéficie pour arriver au pouvoir ne signifie aucunement qu’il est un messager de Dieu. Nos dirigeants africains doivent prendre en compte les nouveaux paradigmes et balayer d’un revers de main l’usure du pouvoir. Ils doivent intégrer pleinement le concept de continuité de l’Etat, prendre leur mandat comme un service qui doit être rendu à la Nation afin de « servir le peuple et non de se servir ».
L’Afrique est un continent riche de valeurs, de ressources, de bras… Toutefois, il est nécessaire de prendre en compte le fait qu’aucun développement ne peut se suffire de ces richesses tant une réelle volonté alliée à l’action est déterminante pour le développement du continent. Dés lors, le peuple africain, une et indivisible, doit prendre son destin en main et porter le combat du changement sans toujours tout attendre des dirigeants. Ces derniers ont bien entendu un rôle considérable puisque la volonté politique est la mère des volontés en matière de développement. Il est incongru d’être à la tête d’un Etat pendant deux décennies et de tenir un discours démagogue de « changement » lors de chaque campagne électorale.
Disons-nous une chose, deux mandats de cinq ans suffisent pour un Président qui aime son peuple pour réaliser les changements attendus. Au delà de dix ans on s’inscrit dans l’usure du pouvoir et l’inaction. Une Afrique forte et ambitieuse aura besoin constamment de visions nouvelles, d’où la nécessité d’une alternance au pouvoir et le renouvellement des hommes. Le peuple sénégalais a fait preuve de grandeur lors des dernières élections présidentielles. Apres des semaines de tensions, les sénégalais ont décidé de porter à la tête de l’Etat un nouveau Président de la manière la plus pacifique. Cet exemple montre que le continent est entrain de connaitre des changements notoires. Un timide vent de démocratie souffle sur l’Afrique et les populations exigent une nouvelle forme de gouvernance politique, économique et sociale. De nouvelles forces apparaissent en Afrique pour accompagner ces changements nécessaires pour son développement.
L’Institut Afroacademy prône dans ce sens, la vision d’une africanité positive. Il entend bien jouer un rôle sur le continent, il se veut être une force de propositions face aux différents maux qui empêchent l’essor de l’Afrique. L’Institut est un « laboratoire d’idées » qui examine le développement du continent dans toutes ses caractéristiques et propose des études ciblées dans les domaines qu’il juge nécessaire à son décollage. Ces études ont un caractère scientifique ; elles sont menées par des spécialistes d’Afrique et d’ailleurs. Il s’agit de partager ces études et les recommandations qui en sortiront avec les décideurs africains et toutes les forces vives animées d’un profond désir de changement.
L’Institut Afroacademy appelle l’Afrique à se « réinventer » car elle est le continent de l’avenir. Une Afrique unie, forte passe par une jeunesse consciente des enjeux du futur et prête à relever le défi du développement sans plus attendre. L’Afrique doit faire entendre sa voix afin de devenir une terre de paix, de stabilité, de croissance et d’innovation.
Babacar NDIAYE
Président de l’Institut Afroacademy
17 Mai 2012
L'image du mois: Wangari Maathai

Fondatrice de « Greenbelt movement », Wangari Maathai est une militante écologique et politique. Elle est née en 1940, dans le village proche de Nyeri, au cœur de l’ethnie Kikuyu, au pied du Mont Kenya. Elle est issue d’une famille de fermiers,
Elle a été la première femme Africaine de l'histoire à recevoir le "Prix Nobel de la Paix "en 2004 pour sa contribution en faveur du développement durable, de la démocratie et de la paix.
Biologiste, elle fut la première femme d’Afrique orientale à obtenir un doctorat et à être professeur à l’Université de Nairobi. Wangari Muta Maathai a commencé à militer activement au sein du Conseil national des femmes du Kenya en 1976. Elle a lancé le projet de plantation d’arbres «Harambee pour sauver la terre!» (en swahili, harambee signifie «tirons ensemble»). Il fut rebaptisé «mouvement Ceinture verte» (Green Belt Movement, GMB) en 1977.
Le Docteur Wangari Maathai a planté plus de 30 millions d’arbres pour éviter la désertification des villages, l’érosion des sols, facteurs d’appauvrissement des populations vivant de la terre. Au delà de son Kenya natal, Wangari Maathai avait étendu son combat pour l'environnement à toute l'Afrique. Ces dernières années, la militante s'était investie dans la sauvegarde de la forêt du Bassin du Congo en Afrique centrale, deuxième massif forestier tropical au monde.
Au fil des années Maathai se fait entendre sur l’épineuse question de l’environnement et les risques de la déforestation.
Elle s’est distinguée aussi pour son engagement en faveur des droits de l’homme et la défense de la démocratie
Sous la présidence de Daniel Arap Moï, son franc-parler et son engagement politique lui attirent des ennuis avec les autorités. A maintes reprises, Wangari Maathai est jetée en prison et doit même s’exiler en Tanzanie
. Candidate à l’élection présidentielle en 1997, elle recueille un faible score. Ce fut un coup dur mais l’avènement du multipartisme au Kenya avec la victoire du président Mwai Kibaki, lui permet de devenir député en 2002 puis Ministre adjointe de l’environnement en 2003.
Elle est décédée le 25 Septembre 2011 à l'âge de 71 ans à Nairobi des suites d'un cancer .Dans son autobiographie publiée en 2006 intitulée "Insoumise: l'histoire d'une femme", elle racontait comment, sous l'effet du changement climatique notamment, l'environnement s'était dégradé dans sa région du Mont Kenya.
"Généreuse et persistante, elle a été une championne de la défense de l’environnement, des femmes de l'Afrique et de tous ceux qui se soucient de notre avenir". (Kofi Annan).